Ray Lema, l’aventure musicale

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Mais quel Ray Lema ouvrira ce vendredi soir le grand festival Les Détours de Babel, à l’Hexagone de Meylan ? Presque tous. Il sera, en effet, le pianiste, le chanteur et le compositeur de « Station Congo », la création commandée par le festival. Il est pour cela retourné dans son Congo natal, trente-deux ans après son départ. « Station Congo » n’a rien du flash-back. Ray Lema a redécouvert « une nation éprouvée par la violence » et « pleine d’énergie », avec ses artistes traditionnels et les nouveaux musiciens urbains de Kinshasa. « Il y a aujourd’hui urgence à redynamiser nos cultures afin de passer aux générations qui suivent un patrimoine culturel vivace. »

De Manu Dibango à Bashung
Le patrimoine ? Ray Lema l’entend au sens très large. Formé à Mozart et aux chants grégoriens, nourri de rythmes congolais et abreuvé de jazz, il a en effet frayé avec Manu Dibango, Charlélie Couture ou Bashung, composé des symphonies, des rumbas congolaises ou des albums solos très dépouillés.
C’est pourquoi tout peut arriver dans Station Congo, où Ray Lema se propose de « laisser court à la folie », avec les musiciens les plus divers. De Tshimanga Mwamba, percussionniste congolais traditionnel à Kin maffia Style ou Pasciphik PHK & 2 Boul, urbains et électriques, en passant par le saxophoniste de jazz Irving Acao-Sierra ou l’accordéoniste Viviane Arnoux. Ray Lema, c’est Babel à lui tout seul. Enfin, presque. Demain, ça continue.

Florence Roux – 20 minutes

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Ray Lema renoue avec ses racines congolaises

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Depuis plus de trente ans, Ray Lema n’était pas retourné chez lui. « J’irai au Congo quand je pourrai y jouer sur un vrai piano », affirmait-il récemment. Il est pourtant parti à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), et y a joué du piano. Devant des jeunes musiciens et des enseignants de l’Institut national des arts (INA), une sorte de conservatoire en déliquescence.

Un prétexte artistique a eu raison des blocages du musicien. Une création commandée par Détours de Babel, présentée en ouverture de la deuxième édition du Festival des musiques du monde contemporain (23 mars-7 avril, à Grenoble et dans l’Isère). « Sur ce projet, l’idée est de passer, à travers Ray Lema, des musiques traditionnelles aux musiques modernes », explique Benoît Thiebergien, directeur artistique de ce festival privilégiant les « créations croisées et transculturelles », qui a pris la suite des 38e Rugissants et du Grenoble Jazz Festival en 2011. Dans Station Congo, il y aura des « machines », et – fait rare – Ray Lema jouera de la guitare.

Il a réuni des musiciens installés en Europe (dont le Congo-Bruxellois Fredy Massamba) et d’autres qui feront le voyage depuis la RDC. A Kinshasa, Ray Lema a écouté des rappeurs et des musiciens traditionnels. Il a retenu KMS, un duo de tchatcheurs à la parole libre, engagée, capables de passer en souplesse du lingala au français. Il a convoqué des musiciens luba du Kasaï All Stars, un collectif de la province congolaise du Kasaï. Alors que certaines traditions musicales ont disparu au Congo, celles des Luba sont restées intactes, selon Ray Lema. « Ce retour a été une succession de chocs émotionnels », confie le musicien, qui est allé se recueillir sur la tombe de sa mère, dans le village où il est né en 1946, dans le bas Congo.

Savant fou

A Kinshasa, il a été horrifié par l’état de l’hôpital général, où « il faut enjamber des corps dans les couloirs », atterré de constater que le Ballet national, à la naissance duquel il avait oeuvré, au début des années 1970, ne possédait aucune archive. Cette création lui a permis de renouer avec les siens, se réjouit-il, lui que l’on perçoit souvent là-bas « comme un savant fou, la tête perdue dans les nuages ».

Après cette reprise de contact, il a bien l’intention de revenir. « Je veux ramener des instruments, organiser des workshops à l’INA. » Quant à la manière dont sa création s’inscrit dans la thématique voulue par le festival (Musiques en résistance), s’il admet que la musique est une force de survie au Congo, il se méfie des « slogans ». « Chez nous, on dit que c’est de la gromologie. » Le comble du musicien ? « Que chacun prenne son pied. Là est l’essentiel. »

LE MONDE | 22.03.2012

Par Patrick Labesse

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De retour au cœur de l’ébullition kinoise

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Ray Lema, de retour au cœur de l’ébullition kinoise

À Banlieues bleues et aux Détours de Babel, avec Station Congo, le maestro franco-africain rassemble les forces vives d’un pays marqué 
par la guerre.

Le festival Banlieues bleues braque les feux sur le Congo-RDC, mutilé par une longue guerre, pillé par les multinationales, mais dont le bouillonnement musical reste d’une force inouïe. Le 21 mars, à Villepinte, et le 25 mars, à Clichy-sous-Bois, des concerts – libres d’accès – restitueront les actions musicales menées sous la direction du chanteur Jupiter et de l’Okwess International, en direction de collégiens. Le même soir que Jupiter, le chanteur polyinstrumentiste et compositeur Ray Lema fera découvrir Station Congo, présentée par Banlieues bleues en partenariat avec le festival isérois Détours de Babel. Très attendue, cette création est le fruit des émouvantes retrouvailles du maître franco-congolais en exil depuis 1979.

Dans les années soixante-dix, l’ancien – et premier – directeur du ballet national du Zaïre avait sillonné le pays afin de recruter environ soixante-dix musiciens issus de presque toutes les ethnies. Tôt initié à la musique classique européenne, puis se passionnant pour la diversité de la Great Black Music américaine, l’érudit constitue un trait d’union idéal entre les peuples, les continents, les cultures. Lors de son retour au Congo, avec Benoît Thiebergien, directeur de Détours de Babel, il a auditionné nombre d’artistes pour former un groupe mêlant des artistes traditionnels et la jeune scène urbaine de Kinshasa. Il a notamment rencontré les membres du Ballet national. « Un moment douloureux, nous confie-t-il. Des musiciens que j’avais engagés, seuls cinq ont survécu aux maladies, aux guerres et autres vicissitudes de la vie au Congo. Voir le dénuement dans lequel ils s’évertuent à répéter m’a brisé le cœur. Mais persistent tant d’énergie et de talent ! Une leçon de vie. »

C’est cette vitalité kinoise qui embrasera bientôt nos pieds et nos têtes. Car c’est à la totalité de notre être que souhaite s’adresser le musicien citoyen. Surtout en ces temps de campagne électorale. Chez lui, la révolte boit à la sagesse, mais avec incandescence. « Je crois en la culture et en l’éducation pour sortir nos pays du bourbier où ils se trouvent. J’espère que la France saura renouer avec sa tradition humaniste et donner place à une vraie gauche. En tant que Français, je suis scandalisé par les délocalisations, et le chômage ainsi alimenté. Comme Congolais, j’appelle à des relations internationales plus justes et à la fin des arrangements entre dictateurs africains, multinationales et décideurs occidentaux. »

Fara C. (L’Humanité)

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Station Congo

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Cahier d’un retour au pays natal pour le pianiste qui a dans ses doigts toutes les musiques et en tête l’envie de briser les œillères.

C’est un retour aux sources, en rien un retour à la case départ. Au Congo, sa terre natale que Ray Lema quitta en 1979. Là où il a débuté son épopée dans le monde des musiques, où il s’était illustré lors des offices religieux, dans le rock made in USA, puis dans les grands ensembles de Kinshasa, à commencer par ceux de Tabu Ley Rochereau et Franco… C’était avant de s’envoler pour un long voyage, tel que symbolisé par « Kinshasa-Washington DC-Paris » en 1983. Trois décennies plus tard, revoilà le visionnaire qui éclaira mieux que quiconque le fameux global mix. Ray Lema, chercheur de sons, mute en dénicheur de talents, avec « Station Congo » où il réunit tous ceux qui font le son du Congo en 2012 :   tradi-modernes et jeunes rappeurs, adeptes de la rumba  et convertis au n’dombolo… Tous unis derrière le patron.

Jacques Denis

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