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Hommage à Franco Luambo

« Notre musique fonctionne comme un GPS. C’est tout le problème de ce continent, qui a subi un lavage de cerveau par rapport à nos origines. Ces jeunes rêvent d’aller quelque part mais ils ne savent plus d’où ils sont partis. C’est pourquoi il faut écouter Franco, dont la musique est plus que jamais d’actualité. »

Ray Lema n’a de cesse de vouloir transmettre aux nouvelles générations tout le patrimoine qui a fait l’identité de son pays. Non pour en faire des pièces de musée, tel un folklore conservé dans le formol, mais bel et bien pour nourrir encore et toujours la créativité. La sienne n’est plus à démontrer à l’aulne d’une carrière cinquantenaire qui l’a vu concilier comme peu des cultures que beaucoup opposent : le savant et le populaire, l’écrit et l’improvisé, le symphonique et ladite world music, les rythmes et les harmonies, la mélodie et ainsi de suite… Lui n’entend dans tout cela qu’une chose : de la musique.

Ce dont parle à tout moment François Luambo Makiadi, dont le génie se mesure aux surnoms qui lui furent attribué : « Le Grand Maître », le « Vénérable Yorgho », « le Sorcier de la guitare »… Celui qui aura porté la rumba congolaise sur toutes les pistes de danse du continent, et bien au-delà. Ce serait néanmoins limiter le message de Franco de ne l’envisager que comme un ambianceur de première : sa musique portait la parole du petit peuple comme elle parlait des grandes heures d’une Afrique enfin libérée. Tout un chacun, la belle Kinoise comme le jaloux saboteur, se retrouvait dans cette verve qui slalomait dans les maux comme sa guitare dribblait entre les mots. Franco disait tout haut ce que tout le monde pensait.

« Après toutes ces années, la musique de Franco n’a pas pris une ride. »

Ray Lema en est persuadé plus que jamais, lui qui tout gamin faisait le ngembo, c’est-à-dire la chauve-souris agrippée à un arbre, pour écouter le tout puissant créateur de l’OK Jazz. Chez le natif de Sona-Bata, Ray Lema entend tout autant l’immense tradition qu’il a expertisée dès les années 1970 en tant que directeur musical du ballet national que les intenses innovations qui ont fourni le diapason de la musique congolaise depuis, notamment le sebene, cette marque de fabrique qui fait de la guitare l’axe de sa musique, une roue rythmique.

Pour prendre l’épaisseur de ce parcours, il a choisi des faces des débuts à commencer par Nani apedalaki te et le classique d’entre les classiques Mario, à l’hiver de sa carrière, des titres taille patron dans lesquels il a bien fallu tailler. Un défi pour tout arrangeur quand on sait qu’un titre de Franco pouvait tourner des heures. Il y a ajouté son grain de sel, qui ne manque pas de pimenter cette nouvelle sauce : la section de soufflants dont les motifs écrits par ses soins tracent des lignes inédites, de nouvelles perspectives à la musique de Franco. Certains y verront là une touche jazz à la rumba. Ce serait néanmoins en limiter la portée de cette relecture, qui parvient à « moderniser » l’irrésistible groove de Franco. Disons qu’il ne s’est pas contenté d’une copie décalquée pour saluer à sa juste hauteur le talent de la rumba. Jacques Denis.

Sortie le 24 avril 2020 de l’album du concert Live enregistré à Kinshasa. En tournée sur les routes des festivals de l’été 2020 et est disponible sur la saison 2020/2021.

 

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